Eco, une monnaie indépendante ou nouvelle arnaque de la France ?

Lors du dernier sommet des chefs d’Etat du 29 juin 2019 à Abuja (Nigéria), l’Eco a été adopté comme nom de la monnaie unique de la CEDEAO, et devrait donc entrer en vigueur en juillet 2020 dans les quinze États de l’espace CEDEAO. Cependant, s’agit-il uniquement de renommer le F CFA ou s’agit-il de créer une monnaie unique ?  
L’idée de la CEDEAO était de faire en sorte que les sept pays ouest-africains non-membres de l’UEMOA créent une union monétaire en 2015 – la zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) – avant de fusionner ensuite avec les huit pays de l’UEMOA en 2020. Malheureusement les Etats, constatant l’insuffisance de la convergence, repoussèrent l’Union Monétaire.  
Les 8 pays de l’UEMOA (Bénin, Bourkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Togo et Sénégal) vont commencer à utiliser la monnaie Eco en 2020, car ce sont eux qui sont plus proches des critères de convergences, déficit, inflation, endettement etc. Mais le problème est au niveau de l’agenda du F CFA qui n’est pas conforme à celui de l’Eco.  Le Franc CFA est imprimé en France (Chamalières et Pessac), 50% des réserves sont gardées par la France, et la politique monétaire contrôlée par Paris. 
Le géant Nigeria et le Ghana n’accepteront d’adopter la monnaie unique que lorsque le cordon ombilical avec la France sera définitivement coupé, afin de mettre en place une banque centrale fédérale avec un ciblage de l’inflation globale comme cadre de politique monétaire. Muhammadu Buhari avait dénoncé au Ghana, en 2018, la non-préparation de certains États au processus de création de la monnaie unique et la mauvaise articulation des étapes à franchir.
 Finalement, on voit bien qu’avec l’Eco, la seule chose qui sera faite c’est le changement de nom tandis que la même politique de sujétion monétaire serait menée. 

À l’occasion d’une rencontre avec AlassaneOuattara à l’Elysée en août 2017, Macron avait suggéré à ce dernier de procéder à la modernisation de la zone francs. En novembre 2017, le président français s’est de nouveau exprimé sur le sujet lors d’une visite au Burkina Faso, mais cette fois-ci de manière ambivalente : « J’accompagnerai la solution qui sera portée par l’ensemble des présidents de la zone franc. S’ils veulent en changer le périmètre, j’y suis plutôt favorable. S’ils veulent en changer le nom, j’y suis totalement favorable » 
Ce qui est sûr, c’est que la création d’une monnaie unique apparaît comme prématurée avec des conséquences incertaines. Il s’agit donc tout simplement d’une tentative de calmer la demande grandissante de souveraineté monétaire, portée par une large majorité de jeunes africains, des penseurs, des économistes… Avec l’Eco, on assiste uniquement à un changement de nom du F CFA, qui aurait pour objectif d’étouffer les mouvements de protestation contre le vieux système pervers de la Françafrique. Finalement, pour ne pas dire retour à la case de départ, avec l’Eco, les pays africains restent dans la servitude volontaire avec une monnaie toujours au service de la Françafrique et du pacte colonial.


Lamine L’islam DAFFÉ étudiant à IMIC Dakar

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