Le Sénégal depuis 1960

La «longue histoire» du Sénégal en a fait un pays de bien des paradoxes : l’ancienne tête de pont de l’Afrique occidentale française, une fois entrée dans ses frontières nationales (196 190 km2) a gardé des ambitions et des attitudes sans communes mesures avec les faibles ressources économiques d’un pays sahélien, qui conserve cependant une renommée internationale appréciable. En revanche, son image de «vitrine de la démocratie» en Afrique s’est craquelée.

Patrie du président poète Léopold Sédar Senghor, dont les élites ont montré un grand raffinement intellectuel et une notable ouverture d’esprit, mais aussi terre d’un conservatisme qui s’exprime notamment par le poids des confréries musulmanes, le Sénégal a connu une évolution politique en dents de scie. S’il était célébré comme la «vitrine démocratique» de l’Afrique dans les années 80, le pays faisait figure, une décennie plus tard, de mauvais élève de la démocratie. Ceci avant de connaître, en 2000, une alternance au pouvoir jugée exemplaire, mais qui n’a pas empêché le retour, avec le président Abdoulaye Wade, à de vieux réflexes autocratiques. De 1960 à 1980, la vie politique sénégalaise s’identifie avec l’action de Léopold Sédar Senghor. Après son conflit en 1962 avec le Président du conseil des ministres Mamadou Dia, emprisonné pour tentative de coup d’Etat, Senghor règne seul à la tête de l’Union progressiste sénégalaise, devenu Parti socialiste en 1976. Le régime pratique une forme d’autoritarisme «tempéré» (l’agitation des étudiants en 1968 est réprimée avec vigueur), avant l’instauration d’un multipartisme limité en 1974, avec un Parti socialiste dominant qui laisse peu de place aux autres expressions politiques.

De Senghor à Diouf

Senghor, grand protecteur des arts et des lettres, fait de Dakar une capitale culturelle de l’Afrique, et développe une diplomatie active. L’annonce de son retrait volontaire de la politique en 1980 est perçue comme un coup d’éclat sur le continent. Il cède la place à son Premier ministre, Abdou Diouf, à partir de janvier 1981. Celui-ci instaure immédiatement le multipartisme intégral (trois, puis quatre formations seulement avaient été reconnues depuis 1974), permet à une presse libre d’émerger progressivement, entreprend de lutter, mais sans grand succès, contre la corruption.

L’ère Abdou Diouf (il est régulièrement réélu, de 1983 à 1993) est marquée par de grandes difficultés à partir de la fin des années 80. L’économie, touchée par les perturbations climatiques et les fluctuations des cours mondiaux, est en panne, l’agitation sociale grandit et se traduit, spécialement pendant les périodes électorales, par des troubles. C’est le cas déjà en 1988 où, avec Me Abdoulaye Wade, du Parti démocratique sénégalais (PDS), les principaux leaders de l’opposition sont arrêtés. Les affrontements, parfois violents, avec l’opposition seront récurrents pendant la décennie, qui connaît aussi en 1989 le déclenchement du conflit Sénégalo-mauritanien : mettant aux prises dans les deux pays leurs communautés respectives, les affrontements entraînent des rapatriements massifs de populations de part et d’autre. Les années 90 connaissent aussi une grave recrudescence de la rébellion en Casamance, surgie en 1982, conflit de nature économique autant que culturelle et qui restera permanent, avec des alternances de compromis et de brusques explosions, jusqu’au début des années 2000, nécessitant une forte mobilisation militaire.

L’ère « libérale »

Les différentes crises (auxquelles il faudrait ajouter les frictions avec la Gambie et la Guinée Bissau voisines) ont pu être un facteur d’immobilisme au plan politique. De fait, l’opposition et les intellectuels ne cesseront de dénoncer la «faillite» d’un régime socialiste peu disposé à l’ouverture – mais un gouvernement d’union nationale associe l’opposition en 1995 -, à une époque où la démocratisation fait des progrès partout en Afrique. Le vent commence à tourner à partir des élections législatives de 1998, et aux élections de 2000 Abdou Diouf reconnaît sa défaite face à son vieil opposant, Abdoulaye Wade. En avril 2001, le parti de Wade, le PDS, remporte les trois quarts des sièges à l’Assemblée nationale. Il est réélu en 2007.

En parfait contraste avec Abdou Diouf, prototype de l’administrateur au tempérament réservé, le président Abdoulaye Wade est un personnage haut en verbe, impulsif et imaginatif, volontiers populiste. Attentif au prestige international du Sénégal, il est un des plus ardents défenseurs du Nepad (Nouveau partenariat pour l’Afrique) qu’il contribue à populariser, mais il se révèle aussi ombrageux et autoritaire : il se heurte aux journalistes (expulsion de la correspondante de Radio France Internationale en octobre 2003, mise en

détention, en juillet 2004, du directeur de publication du journal Le Quotidien, ou encore suspension de la radio Sud FM en 2005), renvoie brutalement deux premiers ministres, Idrissa Seck, puis Macky Sall, emprisonnés ou visés par des enquêtes judiciaires, au risque de créer des tensions dans son parti. De même, il suscite des critiques dans le pays, lorsqu’il nomme son fils Karim, présenté comme un possible successeur, à la tête d’un «super-ministère», en 2009.

Diary Mohamed Baldé étudiante en troisième année journalisme reporter d’image à IMIC Dakar

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