THIERNO LÔ, ANCIEN MINISTRE : »Il faut que les Sénégalais aient l’habitude de payer l’impôt… »

L’ancien Ministre Thierno Lô, Président de l’Alliance pour la Paix et le Développement (APD) Coalition Adiana, membre de la mouvance présidentielle. Actuellement PCA de SEN /TER nous a accordé un entretien. Il a passé en revue la situation économique du pays et a donné quelques pistes qui pourront rendre le secteur privé national plus attrayant.

Vous êtes un pur produit du secteur privé plus de 25 ans, que pensez-vous de l’économie du pays, que faire pour régler les recettes qui baissent ?

« Vous avez posé une question très importante. Parce que pour pouvoir gérer un problème conduire des équipes, atteindre des objectifs il faut avoir de l’expérience. Les gens qui n’ont pas d’expérience ne peuvent pas atteindre des objectifs. Et pour conduire un pays il faut le connaître, si vous voulez faire de l’assainissement, il faut connaître les niches où il y a les fonds. Il faut savoir qu’est-ce qu’il faut assainir pour assainir il faut connaître, il faut faire un diagnostic, il faut une évaluation, il faut voir le mal pour pouvoir le solutionner. Vous avez parlé de mes vingt-cinq ans (25 ans) de secteur privé ça m’a permis de connaître l’économie du Sénégal.

 Aujourd’hui je vais dégager quelques pistes, si vous voulez aujourd’hui régler le problème du développement du Sénégal.

Un : il faut qu’on se débarrasse de nos tares, que les Sénégalais aient la mentalité de savoir que personne ne viendra faire le pays à leur place d’une part. Et, deuxièmement, on ne développe pas un pays avec les tares que nous avons. Nous avons l’obligation de faire de telle sorte que l’endroit où sort la majeure partie de nos recettes c’est le Port Autonome de Dakar. Il faut assainir le port, lutter contre la fraude douanière pour que tout produit qui entre dans le territoire du Sénégal qui passe par les frontières ou qui passe par le port autonome de Dakar payent les droits et taxes et aux taux qu’il faut et que l’argent qui sort du port autonome de Dakar aille au trésor public pour prendre en charge notre développement. Donc le port a besoin d’être assaini a besoin de toilettage a besoin de gens qui sont patriotes et qui savent que l’économie du pays les problèmes sociaux, les problèmes d’éducation, les problèmes de développement dépendent des recettes qui partent du port autonome de Dakar et qu’il puisse gérer les deniers publics de la façon la plus orthodoxe possible.

Donc premièrement, assainissement du port autonome de Dakar. Deuxième point de mon intervention, ça veut dire que, il faut que les Sénégalais aient l’habitude de payer l’impôt que les sociétés qui sont au niveau du Sénégal arrêtent d’avoir deux ou trois bilans.

Un bilan pour la banque, un bilan pour le fisc je crois que ça aussi c’est un contrôle rigoureux qu’on doit faire pour que les sociétés arrêtent de faire de la fraude fiscale. Mais pour que ces sociétés-là arrêtent de faire de la fraude fiscale aussi, il faut que l’Etat du Sénégal apprenne à payer la dette intérieure aux entreprises et que toute entreprise qui travaille suivant les conditions de travail de l’administration qui payent après service rendu, qu’on puisse payer à temps les entreprises pour leur permettre de conserver les marges avec lesquelles elles avaient soumissionnées pour éviter d’avoir des contraintes par rapport à leurs charges sociales qui est sans presse d’avoir une bonne politique sociale et qui les empêche même d’embaucher des Sénégalais. Moi quand je parle de secteur privé je parle de secteur privé national, un secteur privé on l’encadre on l’aide à se structurer on l’aide à avoir les références qui lui permettent de soumissionner parce qu’il y a un drame dans notre pays savez-vous que y a des sociétés étrangères qui viennent au Sénégal qui gagnent des marchés parce que ces sociétés là et ces bureaux d’études là viennent au Sénégal parce qu’elles ont les références qui leur permettent de soumissionner alors que ici nous avons des gens qui sont techniquement bien assis qui ont les compétences qu’il faut mais ces entreprises ne peuvent pas soumissionner parce que n’ont pas les références qui leurs sont demandées.

 Il faudrait qu’on fasse des réformes pour enlever ses blocages qui poussent les entreprises Sénégalaises à aller être en groupement avec les entreprises chinoises qui ont les références techniques, des références financières alors que la mise en œuvre et la réalisation ce sont les entreprises Sénégalaises qui vont les faire mais quand vous n’avez pas les références techniques pour faire des marchés de 10,15, 20 milliards vous  êtes obligés d’aller vers une entreprise qui vous donne ces références vous soumissionnez mais après vous leur payez des pourcentages.

Comment est-ce qu’on peut développer un pays comme ça ? Il faudrait donc réformer le code des marchés voir quelles sont les contraintes qui font que pourquoi les entreprises Sénégalaises ne peuvent pas soumissionner. L’autre plan, c’est qu’il faut qu’on ait des banques de développement capable d’accompagner ce secteur privé pour qu’il puisse prendre en charge les grands travaux les grands chantiers du Président de la République mais cela suppose aussi qu’on utilise les capitaines d’industries qui sont au niveau du Sénégal pour que ces gens-là puissent prendre en charge le développement du secteur privé que tous les activistes-là qui tournent autour du secteur privé qui se prennent pour des patrons d’industries qu’on mette dans les avions pour les amener ou bien lors des tournées du Président de la République, il faudrait qu’on puisse remettre de l’ordre à ça. Il y a des patrons d’industries qui sont ici qui font jamais partis des voyages du Président de la République alors que nous sommes dans un monde avec le digital à chaque fois que le Président de la République doit quitter le pays pour aller quelque part il suffit de prendre les noms des personnes qui composent sa délégation et les mettre dans Google pour savoir quelle est la puissance de ces gens-là et qu’est-ce que ces personnes-là ont derrière elles pour savoir est-ce que ça nécessite d’essayer de faire des groupements avec elles pour voir où pas.

Je pense qu’il faudrait qu’on règle aussi ce problème aussi du secteur privé pour qu’il accompagne le Président de la République. Je pense que l’un dans l’autre nous allons créer une dynamique qui va nous mener vers l’émergence.

En plus, il faudrait que l’Etat du Sénégal regarde le problème des exonérations que nous donnons quand je dis exonérations je parle de structure telle que la Banque centrale aujourd’hui la BCEAO est exonérée parce que toutes les personnes étrangères qui viennent travailler au Sénégal bénéficient d’une exonération pour les denrées alimentaires. Il faut qu’on vérifie par rapport à la liste que la banque centrale nous donne toujours en terme d’exonération est-ce que toutes les personnes qui bénéficient d’exonération sont toujours au niveau de la banque centrale, il faut vérifier parmi cette liste là où on met cette exonération est-ce qu’il y a des personnes qui ont quitté ce monde mais qui permettent à des gens, je n’accuse pas mais je parle en terme d’expérience. Il faut qu’on sache ça fait 25 ans que j’ai géré un secteur comme ça.

Il m’est arrivé de voir des structures qui sont des institutions internationales qui bénéficient de ces privilèges-là moi j’ai eu à avoir des exonérations où je connaissais des personnes dans ces structures là et que ces personnes sont décédées et j’ai vu que l’on sortait des denrées alimentaires pour ces personnes-là. Alors j’ai dit qu’il faut contrôler de façon rigoureuse physiquement les personnels qui bénéficient de ces exonérations.

Les ambassades qui sont ici, bénéficient d’exonérations pour des climatiseurs et du n’importe quoi. Il faudrait que la douane aille faire le contrôle de destination. C’est le contrôle de destination qui permet de savoir est-ce que les produits qui sont exonérés ne sont pas fait l’objet de détournement de destination. Quand quelqu’un a construit une mosquée je pense que nous devons localiser la mosquée c’est à Keur Massar. Quand on sort les produits la douane doit se déplacer pour aller voir est-ce que le projet existe est-ce que le nombre de climatiseurs exonérés est sur place, est-ce que le nombre de tonnes de fers est sur place en fonction de ça on va savoir est-ce que ce qui a été exonéré a servi pour le projet et je pense que là, il y a des défauts.

L’autre chose, tous ceux qui font de l’importation, il faudrait aujourd’hui qu’on parte du rondpoint Sandaga pour aller vers la place de l’indépendance, toutes les boutiques d’où il y a Mahfouz, Mouhamed, Albert qu’on puisse regarder, est-ce que les importations de produits qui sont dans les magasins est-ce que portent les noms de Mahfouz et de Mouhamed. Vous savez est-ce que je vais vous mener, je vous mène à la direction des enquêtes douanières où il faut aller là-bas vérifier est-ce que toutes les déclarations qui sont là-bas, sont des déclarations qui sont conformes. Je vous jure si ce travail est fait avec les redressements qu’on va faire, nous allons construire des hôpitaux. Aucun pays ne peut se développer avec ces tares.

Si vous n’assainissez pas le secteur économique du Sénégal, vous n’irez jamais vers l’émergence. Aujourd’hui si le port autonome de Dakar sort 3 mille milliards, moi, je vous dis que le port peut sortir 9 mille milliards de dollars. Il suffit d’assainir d’avoir les bonnes recettes pour alléger les entreprises qui sont mises sous pression parce qu’il faut que les entreprises payent les droits et taxes, payent la TVA pour que l’administration puisse payer sa masse salariale, faire face à son budget. Moi je crois que au lieu de taper sur des Sénégalais, il faut taper ces gens qui font de la fraude, il faut faire de telle sorte que l’argent ou produits qui entre au port de Dakar puisse payer les taxes pour que nous puissions avoir les recettes qui vont nous permettre d’avoir une bonne planification et de prendre notre développement en main ».

Moussa Ndongo étudiant en journalisme à IMIC Dakar

Fallou Gueye étudiant en journalisme à IMIC Dakar

Maty Diallo étudiante en journalisme à IMIC Dakar

Bernadette Faye étudiante en journalisme à IMIC Dakar

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