Covid 19 au Sénégal : une bombe a retardement ? (Par Fatou FALL)

 Soigner, c’est prévenir. « Gouverner, c’est prévoir ! » Un cafouillage semblerait s’installer au regard des mesures prises en fonction de l’évolution de la propagation du Covid 19. En effet, parmi les mesures destinées à lutter contre la pandémie, figurent le port de masques et de gants pour les conducteurs et personnels du transport des voyageurs ainsi que la désinfection des véhicules par les opérateurs de transport au moins une fois par jour.

Si les opérateurs de transport doivent être impliqués dans la gestion de cette lutte, face à une menace aussi sérieuse, la désinfection incombait aux services habilités pour le maintien de l’hygiène. Ceci étant, les forces de défense et de sécurité mobilisées pour veiller au respect du couvre-feu de 20h à 06h auraient pu être mises à profit également pour la désinfection des quartiers, des marchés et de tout autre lieu bruissant de monde en plein jour. De même, le port de gants n’est pas un mécanisme de prévention reconnu comme étant efficace compte tenu des risques de contamination en les manipulant.

L’arrêt de la distribution du pain dans les boutiques n’aurait apparemment également pas fait l’objet d’une analyse post-mesure compte tenu des rassemblements observés au niveau des boulangeries. Bien qu’un programme de distribution d’aide alimentaire ait été mis en place, les inquiétudes ne peuvent que persister.

En effet, des soulèvements de voix se font percevoir quant à la capacité des élus locaux d’en assurer le déploiement et à l’opportunité ou non de déléguer cette tâche aux forces de défense et de sécurité. Au moment où, les populations sont stressées, ce type de désorganisation et de manifestation d’intérêts personnels surgit. La question des bénéficiaires de cette aide se pose également.

En effet, le 29 mars dernier, le ministre du développement communautaire, de l’équité sociale et territoriale annonçait la mise en place d’un « important programme » de distribution alimentaire en faveur d’un million de ménages, soit huit millions de sénégalais ou encore environ la moitié de la population sénégalaise. Cela laisserait supposer que la seconde moitié serait autonome et capable de faire face.

Alors que l’âge moyen de la population serait de 19 ans selon les statistiques de l’ANSD, le taux de chômage, la répartition de l’emploi salarié selon le secteur d’activité, le milieu de résidence ou le sexe ne semblent pas être pris en compte.

Une mauvaise gestion de cette aide alimentaire pourrait créer des frustrations. Les difficultés déjà ressenties par les franges de la population n’ayant pas une stabilité financière et les inquiétudes de nombreux travailleurs, ayant perdu leur emploi ou en situation de chômage technique, concernant le paiement de leurs factures diverses constituent des facteurs dont la gravité n’est point assez perçue par nos dirigeants. Si à cela s’ajoutent le risque de raréfaction des denrées alimentaires et celui du stress post-traumatique, l’on pourrait assister à une révolte et à une recrudescence sans précédent des actes de délinquance et de banditisme.

Dès lors, des mesures visant à suspendre les charges liées aux factures d’électricité, d’eau et de loyer ou à les alléger de manière significative en décalant les délais de paiement de trois mois devront être prises. En sus de cela, la piste des tests de masse est à prévoir de même qu’un éventuel confinement des aires géographiques sérieusement touchées.

Par ailleurs, l’on ne pourrait ignorer la loi d’habilitation votée. Le tableau descriptif de la situation relative à la pandémie de Covid 19 pourrait permettre de la rendre comestible sans pensées alarmistes. Toutefois, le débat constitutionnel s’invite en silence dans les esprits. Face aux pouvoirs octroyés par les dispositions de cette loi, il faudrait s’attendre à une réponse marquée et disproportionnée en cas de révolte au sein de la population.

Cette période inoubliable dans l’histoire de l’humanité constitue pour notre Etat, l’occasion de cultiver véritablement les principes relatifs à la démocratie et à la bonne gouvernance. La configuration des relations de travail à travers le contact physique, la pratique de la corruption au détriment d’une plateforme intégrée et achevée de gestion des processus administratifs relatifs au service public se révèle sans détours, avec cette urgence sanitaire, être un frein dans une certaine mesure pour la coordination efficiente des actions.

Ce constat ne doit aucunement servir de justificatif à un quelconque manquement dans la gestion transparente des aspects économiques et sociaux de cette lutte. En cette période de psychose, le droit à l’information plurielle, consacré par l’article 8 de notre Constitution devra être respecté. La transparence dans les procédures est de mise au regard de la préservation de l’inaltérabilité de la souveraineté nationale.

Fatou FALL

Analyste en Défense, Sécurité et Paix

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