«Certains gels hydro-alcooliques peuvent altérer la qualité du sperme ou entraîner des fausses couches»

Les dermatologues alertent sur certains excès dans l’utilisation des solutions hydro-alcooliques, abondamment utilisés durant cette période de pandémie du nouveau coronavirus. Sans jamais remettre en cause leur efficacité contre le virus du Covid-19.

C’est le genre de révélations qui font tourner la tête…et le sujet. Parti s’entretenir avec des «Hommes de l’art» sur les éventuels risques de l’utilisation du gel hydro-alcoolique (Gha) par les personnes qui s’adonnent à la dépigmentation de la peau (xessal, en wolof), l’on a buté sur une alerte qui «remue» en ce temps de pandémie de Covid-19, où l’usage du Gha est une des plus fortes recommandations qui composent les fameux «gestes-barrières». Le Dr Ibrahima Ndiaye, Dermatologue dans une clinique dakaroise, a fait, au cours de son entretien avec L’Observateur, une confidence alarmante par ces temps «covidés», où le gel hydro-alcoolique est abondamment utilisé au Sénégal. Et ailleurs. «Sur certains gels, on peut déceler du bisphénol, révèle le Dr Ndiaye. Une substance reconnue comme étant un perturbateur endocrinien, qui peut, chez l’homme, altérer la qualité du sperme, et, chez la femme, entraîner des fausses couches.»

Selon une étude menée par l’Université du Missouri (Etats-Unis) et publiée dans la revue scientifique Plos One en 2015, l’utilisation régulière d’un gel hydroalcoolique serait nocif pour la santé, car le désinfectant pour les mains favoriserait l’absorption par la peau du bisphénol A. Un bisphénol A, qualifié de perturbateur endocrinien, qui a des effets néfastes sur la qualité du sperme, serait aussi à l’origine de fausses couches, de cancers ou de certains cas d’obésité. Toujours selon cette étude américaine, les solutions hydro-alcooliques pourraient entraîner irritations, allergies, états de somnolence, agitation, maux de tête, nausées, vertiges, et même ébriété chez les enfants.

Le Dermatologue Ibrahima Ndiaye souligne que même si son usage est très recommandé durant cette période de pandémie du nouveau Coronavirus, le gel hydro-alcoolique ne serait pas sans conséquences sur la peau des mains, surtout pour les personnes qui se dépigmentent. «Les gels contiennent des produits qui protègent contre le virus, mais ces produits peuvent aussi avoir une action nocive sur la peau, en les utilisant à long terme, a fait savoir le Dr Ibrahima Ndiaye. Les personnes qui se dépigmentent ont la peau déjà abîmée par la corticothérapie locale et par l’hydroquinone, les Gha peuvent être beaucoup plus irritatifs pour elles. Elles peuvent avoir une dermite d’irritation ou ce qu’on appelle un eczéma caustique.»

«Les personnes les plus exposées»

Le Dermatologue précise toutefois que les gels peuvent aussi irriter les personnes qui ne se dépigmentent pas. «Certaines personnes ont la peau extrêmement fragile, il leur suffit d’utiliser le gel plusieurs fois pour avoir des irritations, argumente-t-il. J’en ai eu des cas dans mon cabinet, des femmes (non dépigmentées) qui ont développé une dermite d’irritation à cause des gels.» Selon le spécialiste, il est donc conseillé aux personnes à la peau sensible et/ou dépigmentée, de limiter l’utilisation des Gha. «Si on est sensible à certains ingrédients qui sont dans les gels, même si on ne se dépigmente pas, on peut avoir des irritations. Il faut alterner avec le lavage des mains au savon, il y a des savons spécifiques en pharmacie pour les peaux sensibles, ou tout simplement le savon de Marseille (ordinaire).»

«Ce qu’il faut éviter»

Dermatologue et vénérologue, le Dr Fatimata Ly abonde dans le même sens, même si elle précise que les dermites d’irritation, eczémas et lésions au niveau de la peau sont dues au «lavage répété des mains» et non aux solutions hydro-alcooliques. «C’est le fait de se laver les mains plusieurs fois par jour qui est à l’origine. Il faut éviter de se laver les mains fréquemment avec de l’eau et du savon, puis de mettre du gel hydro-alcoolique. C’est ce que les gens font souvent, mais ce n’est pas recommandé. Il faut prendre l’un (le savon) ou l’autre (le gel). On peut aussi utiliser des crèmes hydratantes pour prévenir les dermites ou les corriger et il faut éviter de se laver les mains avec de l’eau chaude. C’est valable pour tout le monde, que l’on se dépigmente ou pas.»

Dr Ly signale en outre que les personnes qui travaillent à l’hôpital et qui sont dépigmentées, s’exposent à pire, «parce qu’avec les gants en latex qu’elles portent et les solutions bio-nettoyantes qu’elles utilisent, les dermites d’irritation peuvent être aggravées». Une alerte de plus dans une période troublée, où (tout) le monde est sur le qui-vive.

En France, l’Association Santé Environnement France (ASEF),  s’appuyant sur des études, avait déjà alerté en 2013 sur les dangers d’une utilisation fréquente de gel antibactérien, alternative au lavage de mains encouragée par le ministère français de la Santé pour prévenir grippe ou gastro-entérite. Cette année-là, l’association avait souligné que ce type de gel devait être utilisé avec parcimonie, l’eau et le savon demeurant la meilleure manière de se protéger des microbes.

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