Suspension de tournage des sketchs-ramadan : Les comédiens condamnent une « décision impopulaire »

La décision est tombée comme un couperet ! Plus de tournages pour les productions audiovisuelles. La Direction de la cinématographie a voulu se conformer aux dispositions de l’état d’urgence qui interdit tout rassemblement. C’est dans ce sens qu’elle a notifié aux acteurs de l’industrie du théâtre de l’arrêt de la délivrance des autorisations de tournages. Ce qui met en péril la traite pendant le mois de Ramadan des artistes comédiens, déjà compromise avec l’épidémie du Covid-19…

Artiste-comédien accompli, Serigne Ngagne est toujours dans la posture du jeu et de l’action. Fumant comme un train à vapeur, l’homme crache du feu. Il n’apprécie guère cette notification émanant de la Direction de la cinématographie qui vise les maisons de production et les artistes-comédiens de manière générale. L’organe a décidé de suspendre la délivrance des autorisations de tournages de productions audiovisuelles. L’état d’urgence décrété par le président de la République dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 est passé par là.

«C’est une décision impopulaire. Nous avons tourné quelques sketchs, mais il nous en reste. Nous sommes assez responsables pour prendre des dispositions afin de respecter les directives sanitaires contre le Covid-19. Nous aurions très bien pu prendre des dispositions pour pouvoir tourner des sketchs de 7mn pour le Ramadan, étant entendu que les formats de 26mn comme ‘’Mbettel’’, ‘’Idoles’’, ‘’Pod et Marichou’’, sont à l’arrêt», lâche-t-il amer. Poursuivant dans sa logique, il va jusqu’à dire qu’avec l’état d’urgence, le président de la République a envoyé les artistes-comédiens au chômage. Ils ne savent même plus à quel Saint se vouer, ne serait-ce que pour gagner leur pain quotidien. «Tout est en stand-by. Nous ne jouons plus, ne tournons plus. Les temps sont extrêmement durs. On traverse une période presque insoutenable en tant que chef et soutien de famille», grogne-t-il.

Une directive impopulaire et mal venue

L’artiste-comédien pense que ses collègues auraient pu produire des sketchs de sensibilisation qui intègrent le Covid-19 afin de toucher directement les ménages qui n’ont d’autres choix en cette période que de regarder la télévision. Serigne Ngagne révèle que les ressources qu’ils gagnaient dans ces séries du Ramadan leur permettaient de supporter leurs charges liées à la Korité et de faire face à beaucoup d’autres dépenses. Il est d’avis que de telles directives contribuent à appauvrir davantage les artistes-comédiens qui sont tout aussi vulnérables au Covid-19. Même s’il a eu à réaliser quelques sketchs, il lui en reste beaucoup d’autres qu’il compte réaliser en période de Ramadan où certains sponsors vont commencer à se manifester.

«Je vais continuer à faire mes tournages. Je suis assez responsable pour prendre toutes les dispositions en respectant les mesures barrières. On m’a versé des millions de FCfa. Qui va rembourser cet argent parce que j’ai déjà payé mes artistes-comédiens ? Personne ne nous aide. Et pourtant, personnellement, je soutiens le président de la République dans ses actions. S’ils veulent qu’on arrête nos tournages, qu’on nous rembourse nos dépenses déjà engagées. Ils n’ont qu’à s’occuper des marchés où des milliers de gens se rassemblent», peste-t-il. Combé, artiste-comédien de la troupe «Royou kaay», est aussi ulcéré que son collègue Serigne Ngagne. «Je ne partage pas cette décision qui risque de mettre les artistes-comédiens dans une situation inconfortable. Elle est très mal venue parce que nous avons déjà engagé les artistes-comédiens dans nos projets de tournages.

La troupe ‘’Royou kaay’’ a consenti des avances pécuniaires après avoir signé des contrats avec des artistes-comédiens. Nous avons aussi signé des contrats avec des partenaires financiers qui nous ont versé leur argent. Si on ne tourne pas, ce sera catastrophique. On a pris des avances. Ce qui est une dette à honorer», dira-t-il. Le jeune garçon estime que le mal des artistes-comédiens, c’est qu’ils sont victimes de leur célébrité, surtout que les gens pensent qu’ils sont riches. «C’est pourquoi, quand il s’agit de donner de l’aide, on ne pense pas à nous. Les artistes-comédiens ont plus besoin de l’aide que quiconque. Nous sommes au chômage depuis l’interdiction des rassemblements. Nous gagnons nos vies dans les spectacles. Le mois béni de Ramadan est la période de notre traite. Mieux, ce serait pour nous une occasion de sensibiliser sur le Covid-19. De telles décisions ne vont qu’appauvrir davantage les artistes-comédiens», souligne-t-il. Alioune Aïdara, directeur artistique de la troupe «Royou kaay», a appris la décision avec beaucoup de stupeur.

«Il est possible que l’on tourne en évitant les rassemblements afin de se conformer aux directives du ministère de l’Intérieur. Un promoteur nous a proposé 8 millions de FCfa pour acheter ‘’Koor gui’’. Nous avons refusé. On a déjà tourné une dizaine de sketchs. On attendait le démarrage du Ramadan avec la manifestation des sponsors pour continuer le tournage. Notre bande annonce tourne déjà en boucle sur la chaîne en ligne ‘’Ok’’. Comment on va rembourser nos emprunts», se demande-t-il.

Un terrible manque à gagner chiffré à plusieurs milliards

L’industrie cinématographique a perdu plusieurs centaines de millions de nos francs suite à la suspension des tournages de films, séries, téléfilms et sketchs, entre autres… Les artistes-comédiens, au fond du gouffre, subissent les contrecoups des directives présidentielles dans la lutte contre le Covid-19. Cheikhou Guèye dit «Sa neex» de la troupe «Soleil levant» estime que c’est un sacré coup pour les artistes-comédiens qui n’ont que leur art pour vivre.

«La troupe ‘’Soleil levant’’ a déjà tourné les sketchs du Ramadan pour la Tfm. Par contre, on devait engager d’autres contrats pour d’autres productions ce jeudi. On sera obligé de se conformer à la loi. Et c’est un manque à gagner de plusieurs millions de FCfa. On a reçu l’argent des sponsors. On a consenti à des avances pour les artistes-comédiens, loué des maisons, acheté des denrées pour certaines séquences. On avait tout préparé. Mais devant l’impossible, nul n’est tenu. Nous sommes dans un pays de Droit», confie-t-il. Il note que le débat sur ces directives ne mérite pas de fouetter un chat surtout qu’il semble que les mesures de la Direction de la cinématographie sont mal comprises.

«On ne va pas s’opposer à cette décision. Mais je pense que quand le gouvernement arrête le travail des gens, il faut qu’il propose des solutions. Je ne suis pas pour deux sacs de riz, 10 litres d’huile qu’on distribue aux nécessiteux. Et je ne le dis pas pour qu’on soit dédommagé parce qu’on a beaucoup perdu. Il faut se ranger comme tout le monde», conseille-t-il. «Sa nekh» dit n’avoir pas reçu de dessous des autorités. Il fait gratuitement de la sensibilisation à travers son émission «Ngonal» sur la Tfm, tout en précisant qu’il est affecté, comme tout le monde, par cette situation de crise. «Les sketchs du Ramadan sont notre gagne-pain. Je suis le premier à avoir fait ces sketchs du Ramadan. L’Etat ne m’a jamais rien donné. La Direction de la cinématographie n’a jamais financé la troupe ‘’Soleil levant’’. Soit c’est la Tfm ou Moustapha Diop qui nous produit. Je voyage pour faire des prestations. J’achète des voitures et je revends pour gagner ma vie. Je vis avec dignité. Vivement la fin de cette épidémie», finit-il par dire, avec un brin de sarcasme…

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