Comprendre les réserves du Professeur SEYDI sur l’Artemisia (Pr Papa Ibra SAMB)

Un débat s’est installé depuis les déclarations du Président Malgache sur les vertus thérapeutiques de l’Artémisia dans la lutte contre le coronavirus. Cette problématique soulevée en période de pandémie présente une importance capitale dans le contexte de la recherche de solution contre ce virus qui tue par millions devant l’impuissance de trouver un remède pour stopper les dommages occasionnés par la maladie qui n’a pas fini de perturber l’ordre mondial. Malgré la gravité de la situation, il est aisé de comprendre la prudence des praticiens de médecine pour l’utilisation du covid organics offert par les malgaches. L’intrusion de cette méthode en pleine période de crise présente une délicatesse à maints égards. Les précautions requises pour l’utilisation de ce remède diffère fondamentalement entre la médecine traditionnelle et la médecine moderne. En plus, il arrive au moment où une méthodologie est mise en œuvre avec des résultats que seuls les praticiens en charge de la gestion de la pandémie sont à même d’apprécier la qualité et l’efficience.

L’introduction d’une nouvelle méthode doit donc être étudiée en veillant à toutes les précautions d’usage sans aucune pression et dans le respect strict des principes éthiques et d’en connaitre avec précisions sur la composition exacte des produits. Dans la démarche, nos spécialistes dont la compétence est reconnue du monde entier n’ont de choix que de travailler dans la prudence et en respectant des règles méthodologiques exemptes de tout risque car au sortir de la maladie, tous les systèmes de santé seront évalués en fonction de leurs résultats. En plus, il faut absolument tenir compte du fait qu’au début de la pandémie, le continent africain et système de santé partaient avec des préjugés les plus défavorables.*

Cela étant dit, lorsque les précautions d’usage auront été respectées, rien ne s’opposerait à des essais qui respectassent toutes les règles méthodologiques. En tant biologiste, il est aisé de comprendre pourquoi je fais partie de ceux qui croient aux vertus thérapeutiques des plantes qui ont de tout temps été utilisées par l’homme pour soigner les maladies. « Toute plante possède un secret que pour découvrir ce secret, il faut poser la bonne question. » Cette phrase je la retiens de mon cours de DEA sur les plantes médicinales alors dispensé par le Professeur Yvette Parès, alors chef du département de biologie végétale. Les plantes soignent ou peuvent aider à soigner certaines
maladies. A cet égard, il est possible de rappeler les travaux du Professeur Parés sur la lèpre dans son Centre de recherche biologique sur la lèpre (CRBL) à la Faculté des Sciences et Techniques de l’UCAD et son centre de traitement de lépreux à Keur Massar. Des travaux qui, rappelons – le, lui avaient valu une reconnaissance internationale sans bénéficier de la même reconnaissance par certains de nos collègues de la Faculté de Médecine malgré les résultats de recherches sur le bacille de Hansen. Au demeurant, je suis parmi ceux qui croient à la médecine traditionnelle d’abord en tant qu’usager car il est, en effet, rare que je reste, pendant une journée sans en faire usage.

Cependant, mon avis reste qu’au Sénégal, la pratique reste trop mal encadrée pour son intégration efficace dans le système de santé publique quoique intervenant dans des proportions importantes dans la santé des populations. Un désordre indescriptible règne à la connaissance générale des autorités sans aucun encadrement. Des collègues spécialisés en pharmacognosie font pourtant d’importants travaux mais il est difficile de relier leurs recherches avec ce qu’on observe sur les étals des marchés où les potions sont proposées. La pratique est mal encadrée et de réels dangers existent. Lorsque Hamadou Hampaté Bâ dit qu’un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle, cette assertion est une vérité absolue dans ce domaine. La plupart de nos anciens orfèvres en la matière sont partis avec leurs secrets. C’est une connaissance qui se transmettait avec la confiance et pas forcément de père en fils. Pour transmettre cette connaissance même à un fils, celui-ci devrait être digne de confiance.

Dans d’autres cas, la règle était basée sur un échange de bons procédés.  Sur le plan pratique, il reste qu’une bonne connaissance des espèces est une donnée fondamentale. Ensuite même lorsque la plante est reconnue pour soigner telle ou telle pathologie, l’organe est à connaître avec précision. L’heure de récolte a son importance et peut-être même l’orientation de l’organe par rapport au soleil. Des incantations étaient formulées pour la récolte même si scientifiquement il est impossible de savoir ce qu’elles apportent dans l’efficacité du traitement ou si c’est simplement un moyen de protection naturel. En tout état de cause lorsque les paramètres énumérés plus haut sont connus, le type de sol peut favoriser ou non une synthèse du principe actif. La même espèce peut faire la genèse de produits différents en fonction des paramètres du milieu. Les connaissances scientifiques ont montré la pertinence de certaines pratiques endogènes car il est
démontré que beaucoup de molécules intéressantes des plantes médicinales découlent du métabolisme secondaire des plantes et cela corrobore la nécessité de récolte pendant la nuit ou aux premières heures de la journée. Un autre procès fait aux plantes médicinales est relatif aux doses utilisées qui ne sont pas connues avec précision. Sur ce point, il convient de garder présent à l’esprit qu’en phytothérapie, c’est la drogue totale qui est administrée et non un principe actif isolé. Il est généralement admis que la drogue totale agit de manière plus douce et il est bon de se rappeler que la plupart des échantillons peuvent être comparés à des aliments car étant constitués d’organes de
plantes.

En renouvelant nos encouragements à notre personnel médical pour leur dévouement et leur rigueur dans la gestion de cette crise, nous faisons partie de ceux qui continuent de croire qu’ils ont les mains expertes pour la bonne décision qui doit rester la leur du choix du test ou non de la méthode Malgache. Si un tel choix devrait s’imposer, pourquoi ne pas partir des connaissances et des plantations disponibles au Sénégal puisque les compétences et la matière sont disponibles au Sénégal. Rien ne pourrait justifier ni la précipitation, ni une utilisation sans respect des normes éthiques.

Prof. Papa Ibra SAMB, Membre Titulaire de l’Académie Nationale des Sciences et Techniques du
Sénégal.

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