Renégociation du contrat de l’autoroute à péage : Senac Sa fâche le Président Macky SALL

Entre l’Etat du Sénégal et la Senac Sa, le compagnonnage va, à ce rythme, s’accorder au forceps. Le Président Sall, qui a ordonné la renégociation du contrat de l’autoroute Dakar-Aéroport international Blaise Diagne, semble être lassé par la lenteur constatée dans les pourparlers.

Si c’est cela la raison d’Etat, il tient bien son rôle. Autrement, Macky Sall pourrait être accusé de duplicité. Le chef de l’Etat qui gère les affaires publiques avec une certaine froideur, une attitude qui le place souvent sous le feu des critiques, mais qui sied à son rang, selon les adeptes du Machiavélisme, a encore frappé. Peu prolixe en public, si ce n’est lors des discours officiels, le président de la République est presque «intransigeant» en privé où, rapporte-t-on, «il ne concède aucun manquement à ses collaborateurs».

C’est ce qui s’est passé, mercredi dernier, lors de la réunion hebdomadaire du gouvernement. Ulcéré par les lenteurs constatées dans la renégociation du contrat de l’autoroute à péage Dakar-Aéroport international Blaise Diagne, Macky Sall a eu la sensation d’un manque de volonté de la part des mandants de l’Etat et, à l’inverse, la mémoire d’une profusion de «déclarations méprisantes» de la part de la Senac Sa (Société Eiffage de la nouvelle autoroute concédée) qui semble avancer dans ce dossier selon son rythme. Son bon-vouloir.

«Je ne comprends pas pourquoi vous ne réglez pas cette affaire», s’est emporté le président de la République. Dont la subite montée en température, à l’évocation de ce dossier épineux, témoigne qu’il aura peu goûté que ses «délégataires» aient autant lambiné en (auto)route : «Je vous ai plusieurs fois relancé sur ce dossier, mais je vois que les choses sont restées en l’état», s’est encore agacé Macky Sall, haut en propos.

La discussion est «clause»

Entamées en février dernier, sur ordre du président de la République, dans le but de faire baisser les tarifs du péage (2 000 FCfa pour moins de 50 Km), jugés exorbitants, les négociations butent toujours sur le refus ferme du concessionnaire Senac Sa, filiale de l’entreprise française Eiffage, de ne pas donner suite à la volonté de l’Etat du Sénégal.

Représenté dans ses pourparlers par le ministère des Infrastructures des transports terrestres et du désenclavement de Oumar Youm, celui de l’Économie et du plan de Amadou Hott et l’Agence de promotion des investissements et des grands travaux (Apix), dirigée par Mountaga Sy, l’Etat semble avoir de la peine à imposer sa volonté à son co-contractant qui avait déjà annoncé la couleur quelques jours avant l’ouverture des négociations.

«Le contrat nous fixe un ensemble de droits réciproques entre l’Etat et le concessionnaire. Aujourd’hui, nous sommes au-delà de ce que le contrat nous demande de faire. Et l’idée de renégociation ne paraît pas appropriée parce que l’on ne peut le renégocier que s’il y a une clause qui le permet et, à ce jour, il n’y en a pas», motivait ainsi son refus le Dg de Senac Sa, Xavier Idier.

Dionne, le dernier espoir

Une sortie qui avait provoqué l’ire des plus hautes autorités sénégalaises. Sans jamais faire rompre le Français, qui se tient en sentinelle des intérêts de sa société. «Xavier Idier a tout faux quand il parle d’absence de clause de renégociation du contrat. Les dispositions contractuelles de l’article 40 font que chacune des parties contractantes peut invoquer la clause de rendez-vous pour renégocier le contrat tout en respectant l’équilibre économique de la concession.

Une baisse des tarifs est une demande sociale qui sera satisfaite par les autorités. Parler de renégociation autoritaire, comme l’a déclaré M. Idier, est une sortie maladroite et antinomique au partenariat qui sous-tend la concession», avait réagi la partie sénégalaise engagée dans les négociations.

Une réponse assez tendre, surtout peu suivie d’effets, aux yeux du chef de l’Etat qui, en plein Conseil des ministres mercredi dernier, a quasiment désavoué les représentants du gouvernement, demandant au ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence de la République, M. Boun Abdallah Dionne, de prendre le dossier en main et de recevoir les différentes parties dans les plus brefs délais. «Il faut renégocier ce contrat quelles que soient les déclarations des uns et des autres», a poursuivi Macky Sall. Surtout que, confie-t-on, «l’État n’a perçu aucun centime des redevances de l’autoroute à péage».

Après la terrible soufflante contre la compagnie aérienne Franco-néerlandaise, Air France KLM, qui avait annoncé dans un communiqué que sa desserte Paris-Dakar sera rouverte à partir 16 juin prochain, avec 4 vols par semaine, sans en informer les autorités sénégalaises – avant de se raviser pour ensuite se défausser sur une «certaine presse» après sa mise en demeure par Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (Anacim) – c’est autour d’Eiffage…de subir les affres du chef de l’Etat qui compte, par tous les moyens légaux, faire renégocier le contrat de l’autoroute à péage Dakar-Aibd. Quitte à ce que le nouveau compagnonnage s’accorde au forceps.

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