Mes Convictions pour un Meilleur SENEGAL

Il est clair qu’il y aura un avant et un après COVID. Et nous avons une chance historique qu’il y ait un après qui réduise les risques auxquels nous sommes exposés. Le grand sujet, c’est de savoir comment on repart.

D’abord, je pense que nous avons besoin de réfléchir sur l’organisation de l’État, la définition de nos priorités et la manière dont nous utilisons nos fonds publics. Nous sommes un pays hyper fiscalisé, nous avons plus de 50 % de notre PNB qui repart à l’État. Une partie part en redistribution sociale, ce que je ne remets pas du tout en cause. L’autre partie sert au fonctionnement de l’État. Quand on regarde les schémas qui sont faits autour du monde de la santé, on se rend compte qu’une immense partie des fonds finance des organismes administratifs qui n’ont rien à voir avec les plateaux techniques et  le soin direct aux patients. Donc il faut repenser notre organisation, et je peux dire la même chose pour la justice, l’agriculture et l’éducation nationale. Il est urgent de remettre le service public au cœur des priorités, et non le système ou l’organisation administrative qui l’entoure. L’argent doit aller aux hôpitaux, à la recherche, et aux personnels qui doivent être payés convenablement.

Ensuite, il serait nécessaire de se poser la question de l’échelle des rémunérations c’est-à-dire plus exactement l’encadrement et la valorisation du secteur informel principal cadre d’épanouissement de la classe moyenne. On se rend compte que ce sont les gens sous-payés qui tiennent la société. Ce sont le monde médical, les artisans, les professeurs, les livreurs, les caissiers, les travailleurs du BTP, tous ce qui fait que la société ne peut plus fonctionner si ces gens ne travaillent pas. Pourtant, ce sont les gens qui, dans notre pyramide sociale, sont les moins bien considérés, et les plus mal payés. Bien sûr, il faut garder à l’esprit la notion de compétitivité, car on ne peut pas augmenter nos coûts pour ne plus pouvoir vendre nos produits et services à l’étranger, c’est une évidence. Mais simplement, il y a une échelle d’organisation, d’encadrement et de rémunération à revoir.

Plusieurs écoles s’affrontent de manière binaire pour la relance économique. Or, le binaire est toujours dangereux. D’un côté, il y a les gens qui disent qu’il faut mettre de côté toutes les normes sociales et environnementales au profit du business pur et dur. De l’autre, la planète écolo affirme que le moment est venu de complètement changer notre fusil d’épaule, et de repenser une organisation économique totalement différente.. Donc, il me paraît essentiel de définir des priorités. On peut éviter d’investir dans ce que l’on sait être contraire au long terme. Je veux dire par là que le redéploiement économique doit se faire en considération des impacts sur le climat, la biodiversité, la santé,  la valorisation du potentiel humain et la lutte contre la fraude. Les activités économiques qui sont mauvaises pour le climat, la biodiversité et la santé ne doivent pas être encouragées. Ainsi, nous pourrions entrer dans un cercle beaucoup plus vertueux.

En fin, Je pense qu’au niveau international nous devons revoir  la mondialisation jusque-là facteur d’inégalités sociales et d’asymétries dans les relations inter Etats. il faut lui tourner le dos non pas pour revenir à une fermeture des frontières et à un protectionnisme, mais pour faire place à beaucoup plus d’autonomie territoriale et de patriotisme économique. On ne peut plus faire fabriquer tous nos médicaments en Chine. On ne peut plus dépendre des autres sur tout ce qui est vital. Donc, penser en termes d’autonomie alimentaire, sanitaire, énergétique, digitale, me paraît absolument essentiel. Je n’envisage pas nécessairement une autonomie à l’échelle nationale. Il faut une échelle d’autonomie du local à l’Africain. L’échelle Africaine devrait être la bonne échelle pour l’industrie, à la condition de faire disparaître les barrières. . En revanche, il faut avoir conscience de l’interdépendance que nous avons les uns envers les autres et des besoins de solidarité. Et la crise du Covid-19 le montre bien. Il est essentiel de prendre en compte ce qui a bien marché à un endroit. En ce sens, il faut une vision planétaire. Le dérèglement climatique, c’est planétaire, la biodiversité, c’est planétaire. Et on a compris que la santé, c’est également planétaire. Donc on a besoin de planétarisation, c’est-à-dire de penser à l’échelle de l’humanité, les sujets qui concernent toute l’humanité.

Abdoulaye SECK

Spécialiste en Finance et Gestion des Risques

Ancien Conseiller Spécial à la Présidence de la République

laillesec@yahoo.fr

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