« La mort de la fille du douanier, j’accuse toute la société sénégalaise » (Psychologue)

Psychologue, Khalifa Diagne diagnostique les deux derniers cas de meurtre assez violents, dont celui du douanier qui serait mentalement malade. Il analyse l’origine de telles atrocités.

Le cas du douanier : «Pour le cas du douanier, aux Mamelles,  l’auteur lui-même a eu à avouer son crime même s’il  y a de fortes chance qu’il ait été en situation de démence. Les juristes savent de quoi je parle parce que si vous commettez un crime en situation de démence et que cela  arrive à être démontré, le crime ne pourra pas vous être imputé s’il est avéré qu’au moment de la commission du crime l’auteur était en situation de démence.»

Signes avant-coureurs : «Je pense qu’il y a eu des signes  annonciateurs concernant le cas du douanier. Une personne ne peut pas arriver à cette extrémité sans signe annonciateur. Moi je parierais qu’il a un antécédent psychiatrique, qu’il avait déjà un dossier quelque part. Que ce soit  à son lieu de travail comme à son domicile, les gens peut être  pourront témoigner qu’il y a des signes annonciateurs. C’est-à-dire un comportement qui est au-delà du comportement normal.»

La santé mentale au Sénégal: «Dans ma carrière, j’ai eu à fréquenter beaucoup de structures de santé mentale. L’hôpital Fann, la clinique moussa Diop qui est le service psychiatrique de l’hôpital Fann, l’hôpital Dalal xel de Thiès,  l’hôpital psychiatrique  de Thiaroye et même le centre de prise en charge pour enfants déficients intellectuels. Le constat, c’est que c’est un secteur qui est délaissé, qui n’est pas pris en compte. C’est toute la société sénégalaise qui est responsable de la mort de cette fille. Moi j’accuse toute  la société sénégalaise. Parce qu’on a négligé la mise en place d’un système de santé mentale qui pourrait  éviter des morts de ce genre.»

La négligence de la santé mentale : «Et ce n’est pas la première fois.  Une fille avait été tuée à Thiès. Il y en a eu aussi auparavant. A chaque fois qu’il y a  une chose pareille, l’opinion s’émeut. Et après les gens passent (…) Je disais à un médecin que l’indicateur qui prouve que la psychiatrie est  négligée dans ce pays, c’est que les médecins mêmes ne se spécialisent plus en psychiatrie. Lors de mon dernier passage à l’hôpital Fann, j’étais  dans une équipe où tous les autres étaient des étrangers. Tout simplement parce que les médecins savent que c’est un secteur négligé.»

Un pays qui n’a pas un bon système de santé mentale doit s’attendre à ce genre de crimes. Rien n’est de trop en termes de dispositions pour éviter ce genre de crime. Parce que cette personne, normalement, devait être dans un centre de santé mentale. Parce que certainement il souffre d’une pathologie que l’éthique  et la déontologie ne me permettent pas de dire. Et je n’ai pas vu son dossier. Mais c’est une pathologie mentale sévère comme la schizophrénie, la dépression. Mais  si vous n’avez pas le dossier, par éthique, vous ne pouvez pas vous y avancer.

Les pathologies dangereuses : «Il y  a beaucoup de pathologies, en psychopathologique qui peuvent conduire une  personne à commettre ce genre d’atrocités. Je parlais de la schizophrénie, il a des pathologies maniacodépressives, il y en a beaucoup. Parfois on  peut voir venir et cela peut non seulement  protéger la personne, pour qu’il n’en arrive pas au suicide, mais aussi cela peut préserver d’autres vies. Car, si vous avez une pathologie mentale qui peut vous amener à commettre une atrocité, vous devez être isolé et traité. Et vous n’êtes plus aptes à vivre en société.

Le cas Cheikh Kane: «Pour le cas  de Tivaouane, je suis encore réservé par rapport à la commission de l’acte dont le mari serait l’auteur. Les récits que j’ai lus ne me permettent pas, en tant que psychologue, de dire que c’est lui l’auteur. J’ai des doutes. D’abord compte tenu de la description qui a été faite de la personne. Et au regard du témoignage  du voisinage, il n’y avait  aucun signe annonciateur du fait que cette personne était capable d’en arriver à cette atrocité. On n’a pas relevé d’antécédent psychiatrique. Ils ont fait état de pratiques religieuses, on n’a pas encore relevé de différends avec sa femme. Et j’ai lu qu’il était très proche de ses parents. Après avoir eu vent de tous ces témoignages et de la présentation de la scène de crime, je ne peux pas être catégorique et dire que c’est le mari qui est l’auteur du meurtre. De mon point de vue on doit explorer d’autres pistes.

Les sénégalais et leur santé mentale : «Les sénégalais négligent cela. La psychiatrie et la psychologie. Parfois ils préfèrent même faire recours à des tradipraticiens. Moi je me rappelle de ce que nous disait le Pr Momar Gueye, en 2011 à l’hôpital Fann. il était le chef de service psychiatrique de l’hôpital Fann. En introduisant notre stage, Il nous disait que ceux que les sénégalais considèrent comme de véritables psy ce sont pour la plupart les guérisseurs, les tradipraticiens etc. Ce qui fait qu’ils négligent beaucoup cela.»

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